Cannabis et sport : à quoi s’attendre de la légalisation?

September 20, 2018

La légalisation du cannabis non-médical au Canada entraîne un défi particulier pour les athlètes et les ligues sportives : comment gérer des indications contraires de la part des pouvoirs législatifs fédéral et global? Quoique la réglementation fédérale permettra aux adultes d’acheter et de consommer légalement du cannabis, cette substance demeure interdite par l’Agence mondiale antidopage (AMA).
 

Pour compliquer davantage la situation, l’alcool, une autre drogue légale, ainsi que le CBD, une composante du cannabis, ont récemment été retirés de la liste de substances interdites par l’AMA. Cela rend le THC, spécifiquement, la source de discorde, bien que certaines ligues sportives majeures testent aussi pour le CBD.
 

Le rôle du cannabis dans le sport, ainsi que ses effets potentiels, demeurent également controversés. Par exemple, une revue de la littérature publiée en 2011 a décrété que le cannabis n’est pas approprié dans un cadre sportif, ciblant l’amélioration de certaines fonctions critiques et les effets néfastes pour la santé comme raisons pour lesquelles l’usage de cannabis contrevient à « l’esprit sportif ».

Par opposition, une revue plus récente n’a pas trouvé de preuve pour les effets d’amélioration de la performance par le cannabis, mais cite plutôt des données modestes quoique prometteuses pour gérer des douleurs chroniques et des symptômes liés aux commotions cérébrales.

 


Ce dernier point de vue est partagé par certains activistes éminents sur le terrain. Parmi ceux-ci nous comptons Riley Cote, un ancien joueur de la LNH et le co-fondateur de « Athletes for Care » et Mike James, un agent libre de la LNF et le premier joueur à soumettre une demande d’exemption pour usage thérapeutique du cannabis médical. L’INSEC (en anglais, NICHE) a eu le plaisir de discuter des expériences de ces joueurs lors d’une table ronde au Sommet pracadémique sur le cannabis le 22 août à Québec. Cote et James ont fervemment prêché pour l’autorisation du cannabis dans le sport, en particulier pour la gestion de la douleur. Leurs expériences avec plusieurs de leurs coéquipiers qui consommaient intensivement des opiacés et en écopaient des effets secondaires prononcés ont mené ces athlètes à prôner le cannabis comme étant une alternative moins néfaste.

 

Un autre militant pour le cannabis dans le sport est Philippe Dépault, le Directeur général de Maitri pour Hiku Brand, qui a déjà compétitionné en vélo de montagne à un niveau élite et qui était auparavant ardemment opposé à l’usage du cannabis. Suite au développement d’une maladie auto-immune, Dépault a changé d’opinion :

 

« Quand je suis entré dans le système de la santé, on m’a prescrit tous les médicaments imaginables : antidépresseurs, « patches » d’opiacés, pilules et je n’en tirais pas grand bénéfice. »  

 

Après avoir essayé le cannabis pour la première fois, ayant vécu pendant 8 mois avec des symptômes douloureux, Dépault ne s’est pas réveillé de la nuit, ce qui n’était pas survenu depuis longtemps, et a vécu une réduction prononcée de ses symptômes :

 

« Le THC était la molécule qui réduisait le plus mes symptômes. »

Cette introduction du cannabis d’un point de vue médical est aussi ce que voit Dépault comme le pont entre la légalisation du cannabis au Canada et les règlements de

l’AMA, surtout alors que la consommation de CBD devient plus saillante :

 

« Les deux effets principaux du CBD, ses propriétés anti-inflammatoires et anti-anxiété, sont extrêmement importants dans le monde d’un athlète. »

 

Malgré une couverture grandissante d’histoires positives à propos du cannabis dans le sport, plusieurs ligues et associations sportives canadiennes ne sont pas prêtes à céder. Une permission pour du cannabis médicale peut être accordée dans certaines circonstances, mais l’AMA demeure l’organisme de réglementation déterminant et les athlètes devraient rester prudent.es par rapport au contexte légal du cannabis au Canada. Comme l’a affirmé Pierre Arsenault, le directeur des sports et loisirs à l’université Mount Allison à Sackville au Nouveau Brunswick : « je ne le savais pas » ne sera pas une excuse acceptable.

 

Toutefois, avec la confusion que la légalisation pourrait inciter chez les athlètes viendront de nouvelles connaissances sur le cannabis alors que les occasions pour la recherche se multiplient. Selon le Dr Mark Ware, Médecin hygiéniste en chef à Canopy Growth, plus de recherche et moins de stigmatisation laisseront place à davantage de discussions pour explorer des politiques basées sur les données probantes ainsi qu’un dialogue plus productif sur le cannabis. Dans cette optique, la légalisation pourrait être un défi pour la place du cannabis dans le sport, mais elle pourrait aussi être une occasion fructueuse.   

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